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L’âge des Lumières
Libéralisme, égalitarisme, progressisme

Le blog


17 septembre 2016 - Ce n’est pas le burkini qu’il faut interdire. Ce qu’il faut interdire, c’est la femme au foyer.

femme_au_foyer La « journée de la femme », vue par le dessinateur algérien Ghilas Aïnouche.

Depuis que la lutte des classes est réputée ne plus exister (vu que la lutte des classes, ce n’est pas gentil), la « gauche », ou plutôt la gôche, ou plutôt l’imposture ectoplasmique censée en tenir lieu, s’applique à ignorer superbement, toujours, les conditions structurelles de l’inégalité. Les structures sociales au sens large, et les structures économiques en particulier, ça fait très mauvais genre (ça fait genre marxiste).

Quand il s’agit de voile « islamique » type hijab, ou de niqab, ou de burqa, ou du désormais célèbre burkini, on est très vite amené à se poser une question bien légitime : s’il est bien évident que certaines femmes portent ces vêtements de leur plein gré, et que d’autres y sont plus ou moins contraintes par leur mari, leur(s) frère(s), leurs oncles et tantes, leur famille, leur milieu, les hommes du quartier, et je ne sais qui encore (sans parler des femmes qui se vêtiraient ainsi à l’insu de leur plein gré, mais là, ça complique), est-il possible de savoir quel est le cas de figure le plus courant ? Comment pourrait-on être sûr que les femmes portant ces vêtements, ou au moins une forte majorité d’entre elles, sont réellement libres de leur choix ?

Réponse : dans les conditions structurelles d’aujourd’hui, on ne peut pas. Et d’une manière générale, on ne pourra jamais obtenir ce genre d’assurance, à moins de revenir au plein emploi. Au véritable plein emploi, s’entend, c’est-à-dire au plein emploi keynésien, avec un taux de chômage dit « de frottement », autour de 2%, et donc des salaires élevés et un faible taux de précarité - et non pas au plein emploi hayékien, avec un taux de chômage de 4 ou 5%, des salaires faibles et un taux de précarité elevé (ce qu’on essaie de nous faire miroiter aujourd’hui, vous savez, c’est le soi-disant « modèle » allemand voire américain, etc).

Il est tout simplement terrifiant de constater, jour après jour, qu’au fil des consternants débats de ces dernières semaines, de ces derniers mois, de ces dernières années, il se trouve personne, dans l’ensemble du paysage politique français, pour rappeler cette vérité fondamentale : une femme libre est une femme qui travaille. Ou plus précisément, qui dispose d’un revenu (voire d’un capital) suffisant pour assurer sa totale indépendance financière. Une femme libre n’est pas une celle qui enlève son hijab, une femme libre est celle qui jouit d’une totale indépendance financière lui permettant à tout moment, du jour au lendemain, de se séparer de son éventuel mari ou compagnon, de déménager à l’autre bout du pays, et de ne plus jamais donner de nouvelles. Une femme qui ne dispose pas d’un revenu (voire d’un capital) suffisant ne peut pas faire cela. Elle n’est donc pas libre. Ce sont là les conditions structurelles, matérielles, sociales, économiques, de la liberté des femmes - et donc de l’égalité hommes-femmes.

Mais si un emploi stable et correctement rémunéré, qui fournisse un revenu suffisant pour assurer une totale indépendance financière, est la principale condition structurelle de la liberté des femmes, et si cela en est bien sûr une condition nécessaire, ce n’est pas tout à fait une condition suffisante. Il existe en effet deux autres conditions nécessaires (et non suffisantes), à savoir d’une part un droit social suffisamment protecteur pour la femme enceinte, et d’autre part un grand service public de garde d’enfants - autrement dit, des crèches gratuites qui offrent des places en nombre suffisant, avec un maillage territorial serré, et des horaires étendus (type 8h00 - 20h00). En termes de droit social, il y aurait certainement beaucoup de progrès à faire ; et concernant les crèches… l’expérience des dernières années a largement prouvé, de manière assez cuisante, qu’il ne fallait rien attendre ni de la droite ni de la soi-disant gauche. Pour le plein emploi (et le droit au travail) comme pour la garde d’enfants, je fais quelques propositions précises ici.