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L’âge des Lumières
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Le blog


3 mars 2016 - Capitalisme et croissance, un divorce de raison

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Question du jour : le capitalisme en général, et le « capitalisme actionnarial » en particulier, est-il productiviste ? Est-il assoiffé de croissance ?

C’est ce que veulent (nous faire) croire les partisans de la « décroissance », de la « sobriété heureuse », de la « simplicité volontaire », de l’« abondance frugale » et autres abominations, oxymores, billevesées et coquecigrues.

Yann Kindo, l’auteur de l’excellent blog La faucille et le labo, avait bien raison de le souligner dans un de ses récents billets : les grands détenteurs de capital, et les gestionnaires par eux mandatés, n’ont que faire de la croissance, du développement des forces productives, et du développement tout court.

Soyons très schématiques. Imaginez que vous êtes l’un des gros actionnaires de l’entreprise X. En 2015, le chiffre d’affaires de cette entreprise a été de 100, dont 60 sont allés aux salaires. A votre avis, pour 2016, des deux cas de figure suivants, lequel sera le plus avantageux pour vous, financièrement parlant ?

1- La croissance est nulle, le chiffre d’affaires est toujours de 100, et la part des salaires est toujours de 60.

2- La croissance est de 100%, le chiffre d’affaires passe donc à 200, mais comme cette croissance entraîne le retour au plein emploi, il faut augmenter nettement les salaires, moyennant quoi la part de ceux-ci passe à 180.

Je ne vous fais pas un dessin.

Il y a deux moyens d’étendre le domaine de la rente : on peut d’une part augmenter son taux en baissant les salaires, et/ou d’autre part augmenter son assiette en privatisant l’économie.

Bon. Et vous allez me dire : pour augmenter l’assiette de la rente, il y a un autre moyen : la croissance. Oui, mais non. Avec la croissance, la marche en avant de la rente n’est nullement assurée. Il y a un risque de faire un pas en avant (sur l’assiette) et deux pas en arrière (sur le taux) : voir le petit exemple ci-dessus.

Le grand capital n’a pas de problème avec la croissance en elle-même. Il a un problème avec ce que la croissance implique en amont, et avec ce qu’elle induit en aval. En amont : la prise de contrôle par l’Etat de la rente et des gros patrimoines (voire du système financier lui-même), et la planification économique ; en aval : le plein emploi et donc un niveau élevé des salaires.

Le point de vue du grand capital peut donc être le suivant : augmenter l’assiette de la rente, c’est gentil, mais si cela aboutit à ce que son taux se casse la gueule, à quoi bon ? Donc les privatisations, oui, la baisse des salaires via la baisse des cotisations sociales dites « patronales », oui ; mais la croissance… comment dire… on a sous la main des légions d’idiots utiles, d’imbéciles heureux et d’idéologues dingues pour en dire le plus grand mal, ces gens poussent le zèle jusqu’à faire l’éloge de la pauvreté (cf. ce billet), alors profitons-en !